La Ruelle des Teinturiers

Les Chemins de Dakar

Le soleil se couchait sur la Médina, teintant les murs ocre d'une lumière ambrée qui semblait venir du fond des âges.

Mariama pressait le pas, son panier de légumes calé sur la tête avec cette grâce naturelle que les années n'avaient jamais altérée.

Elle connaissait chaque pierre de cette ruelle, chaque fissure, chaque odeur de thiéboudiène s'échappant des fenêtres entrouvertes.

Pourtant, ce soir-là, quelque chose avait changé — une vibration dans l'air, imperceptible mais réelle, comme le frémissement qui précède la pluie.

Au coin de la rue des Teinturiers, un homme qu'elle n'avait jamais vu était assis sur un tabouret bas, les yeux fermés, les mains posées sur les genoux.

Il portait un boubou blanc immaculé, anachronique dans ce quartier où le quotidien s'écrivait en bleus de travail et en pagnes défraîchis.

Mariama ralentit malgré elle. Quelque chose dans la façon dont cet homme occupait l'espace — sans effort, sans revendiquer — la retenait.

La ville continuait de bruire autour d'eux : klaxons lointains, appels d'enfants, le muezzin de la mosquée voisine s'étirant dans le crépuscule.

Mais ici, dans ce cercle invisible que l'inconnu semblait tracer autour de lui, le temps avait une texture différente, plus dense, plus honnête.

Ce fut lui qui parla le premier, sans ouvrir les yeux, comme si ma présence n'avait jamais été une question : « Tu cherches aussi ce que tu n'as pas perdu. »

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