La Nuit du Silence
Les Chemins de Dakar
La nuit tomba vite sur la Médina, comme elle tombe partout au Sénégal — sans prévenir, sans transition, d'un coup.
Mariama n'avait pas bougé. L'inconnu non plus. Entre eux, le silence s'était installé avec la familiarité d'un vieil ami.
Elle posa son panier sur le sol, geste qu'elle n'avait pas prévu et qui la surprit elle-même, comme si son corps avait décidé avant elle.
« Comment tu sais que je cherche quelque chose ? » Sa voix sortit plus douce qu'elle ne l'aurait voulu.
L'homme sourit. Ses dents étaient blanches dans le noir naissant. « Tout le monde cherche quelque chose à cette heure. »
Elle aurait dû partir. Le thiéboudiène allait être froid. Ibrahima l'attendait. Mais les jambes ne voulaient plus.
« Je m'appelle Salif », dit-il enfin, sans ouvrir les yeux. « Et toi tu t'appelles Mariama, comme la rivière. »
Ce n'était pas une question. Mariama sentit quelque chose se desserrer dans sa poitrine, quelque chose qu'elle portait depuis si longtemps qu'elle avait oublié son poids.
Les étoiles apparurent une à une, comme des témoins convoqués. La rue des Teinturiers se vida doucement.
Ils parlèrent jusqu'à ce que la lune soit haute. De l'eau. Des absents. Du temps qui passe et qu'on ne sait pas tenir.
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