PARTIE 04 - LA PROMESSE

MIEL DE MON COEUR

Une semaine entière passe après le choc des révélations à la mosquée, une semaine de silence radio qui met les nerfs d'Abdoul Aziz à rude épreuve. Pour le jeune juriste habitué à ce que les procédures avancent vite, le temps semble s'être arrêté dans la ruelle résidentielle.

Chaque matin, chaque soir, Aziz se rend à la mosquée avec l'espoir secret d'obtenir une ouverture, un numéro de téléphone ou même juste un message transmis mais l’Imam Sow reste imperturbable. C’est un vieux sage qui connaît la nature humaine, il teste Aziz, il veut mesurer sa patience, observer s'il est capable de canaliser l'impétuosité de sa jeunesse pour mériter une femme comme Marianne. L'Imam le salue, lui enseigne le Coran mais ne lui facilite absolument pas la tâche, il dresse un mur invisible autour de sa fille.

Un matin, juste après la prière de Soubh, alors que les fidèles quittent lentement la salle, Aziz n'y tient plus. Il prend son courage à deux mains et s'approche d'Imam qui replie soigneusement son tapis.

— Imam, je voulais prendre des nouvelles. Comment va Marianne ? demande Aziz, la voix légèrement tendue.

L'Imam se redresse lentement, son visage est neutre aucun sourire, aucune complicité ne filtre dans son regard. Il répond d'un ton d'une neutralité presque déstabilisante...

— Elle va bien Alhamdoulillah ! Elle poursuit ses cours à l'université ! Diangue laka sante !

Aziz attend la suite, une perche, un mot d'encouragement mais rien ne vient. Imam le regarde fixement, jaugeant sa réaction, se sentant presque intimidé par cette droiture inflexible, Aziz s'incline respectueusement

— Alhamdoulillah alors. Qu'Allah la préserve !

Frustré mais n'osant pas forcer la main du vieux guide, Aziz quitte la mosquée le cœur lourd. Il a besoin de vider son sac, il se rend directement chez son meilleur ami, Abdou Rahîm.

...

Dans la cour de la concession des Diop, Rahîm est assis sur une chaise en plastique, un verre de ataya à la main. En voyant la mine déconfite d'Aziz, il éclate de rire.

— Mon frère, qu'est-ce qui ne va pas ? On dirait que tu as perdu un procès d'avance !

Aziz s'assoit lourdement sur la chaise d'à côté, passe une main nerveuse sur son visage.

— C'est Imam, Rahîm... c'est un mur de ciment ! Je lui demande des nouvelles de Marianne, il me répond comme un juge de tribunal, froid, net sans un sourire. Elle n'a pas de téléphone, je ne peux pas l'approcher, son père bloque tout. Je suis bloqué, je ne sais plus comment lui faire comprendre que mes intentions sont réelles et que je ne suis pas un vaurien du quartier !

Abdou Rahîm redevient sérieux, pose son verre et regarde son ami avec lucidité.

— Aziz, tu oublies à qui tu as affaire, c’est Imam Sow ! Sa fille est sa plus grande fierté et après ce que Salif a fait, sa méfiance est à 200 %. Si tu te pointes comme tous les gars d'aujourd'hui, tu vas te casser les dents. Marianne est une femme d'esprit, elle sait exactement qui elle est ce qu'elle veut, les mots en l'air ne marchent pas avec elle et son père ne te laissera pas jouer avec son cœur. Il te faut une démarche d'homme, noble, indiscutable. Quelque chose qui montre ta valeur sans enfreindre le respect que tu dois à Imam !

Aziz fronce les sourcils, l'esprit en ébullition.

— Qu'est-ce que tu su!ggères ? Que je vienne avec mes parents direct ? C'est trop brusque pour elle

— Non pas encore, répond Rahîm en se penchant en avant. Écris-lui mais pas un message WhatsApp ou une bêtise du genre, écris-lui une vraie lettre. Tu te rappelles l'histoire du Prophète Souleymane et de la Reine de Saba, Belkis ? Quand il a voulu se présenter à elle, il ne s'est pas imposé par la force, il lui a envoyé une noble lettre, courte, d'une dignité royale, pour poser ses conditions dans le respect. Fais la même chose, écris une lettre à Marianne, remets-la non cachetée à Imam pour lui montrer ta totale transparence. S'il voit que ta démarche est calquée sur la droiture des anciens, il transmettra le message et Marianne verra quel genre d'homme tu es !

Les mots de Rahîm résonnent comme un déclic magistral dans la tête d'Aziz. Le juriste en lui saisit immédiatement la puissance du symbole.

— Une noble lettre… murmure Aziz, un demi-sourire pointant enfin sur ses lèvres. Tu as raison mon frère, c’est exactement ce qu'il faut faire !

En rentrant chez lui, Aziz s'enferme dans le bureau de son père. Inspiré par les conseils d’Abdou Rahîm, il prend une feuille blanche, épaisse et sort son plus beau stylo. Il ne veut pas de ratures, pas de fioritures, il écrit d'une traite, insufflant dans chaque mot la noblesse et la droiture du Prophète Souleymane s'adressant à la Reine de Saba.

Le lendemain, après la prière, il remet l'enveloppe grande ouverte à Imam Sow, sans un mot, en inclinant simplement la tête en signe de respect. Imam glisse le papier dans la poche de son grand boubou.

Le soir venu, après le dîner, Imam Sow entre dans la chambre de Marianne. La jeune fille est assise sur son lit, ses cahiers de code de l'université étalés devant elle. Son père s'approche et lui tend l’enveloppe blanche.

— Abdoul Aziz m’a remis ceci pour toi Marianne, il l'a laissée ouverte, par respect pour notre maison. Je ne l'ai pas lue, car c'est à toi qu'elle s'adresse. Lis-la et pèse ses mots !

Une fois son père sorti, Marianne sent son cœur s'emballer, ses mains tremblent légèrement lorsqu'elle déplie la feuille de papier lourd. Ses yeux se posent sur l'écriture droite, ferme et élégante d’Aziz...

Bismillah Ar-Rahman Ar-Rahim !

De la part d'Abdoul Aziz Ndiaye, à Marianne Sow.

Ne sois pas hautaine envers ma démarche et ne te mure pas dans la défiance. Viens à cette rencontre avec un cœur apaisé et l'esprit ouvert.

Je connais ta valeur, ta piété et la force de tes ambitions à l'université. Mon intention n'est pas de soumettre ton esprit, ni de briser tes rêves mais d'honorer la promesse de protection que je t'ai faite dans la ruelle.

Laissons nos familles ouvrir les portes du dialogue dans le respect et la dignité. Ne crains rien de moi, car je ne cherche que le bien !

Que la paix soit sur toi !

Marianne termine sa lecture, le souffle court, la feuille pressée contre sa poitrine. Elle est complètement stupéfaite, foudroyée par la portée de ces quelques lignes. Elle s'attendait à de longues tirades romantiques, à des flatteries ordinaires sur sa beauté ou à des excuses maladroites mais ce texte est d'une sobriété royale, presque solennelle. Aziz ne la supplie pas, il l'invite à s'asseoir à la table des négociations de leur avenir, d'égal à égal, en la traitant avec une considération immense.

Pour cette jeune femme qui s'était forgé une carapace de misandrie pour se protéger de la vulgarité des hommes, cette lettre agit comme un baume purificateur. Un respect et une admiration d'une force inouïe pour la sagesse, la maturité et l'éducation d'Aziz s'emparent d'elle, ses doutes s'évaporent. Elle se lève immédiatement, la lettre à la main, habitée par une certitude absolue.

Dehors, sur la véranda de la concession, Imam Sow et Fatmé profitent de la fraîcheur de la nuit dakaroise, assis l'un à côté de l'autre. Le silence est paisible, seulement troublé par le bruit lointain du quartier.

Marianne s'avance d'un pas décidé mais respectueux, rompant le calme de la terrasse. Ses parents lèvent les yeux vers elle, surpris par la lueur qui brille dans son regard. Sans dire un mot, les yeux ancrés dans ceux de son père, elle lui tend doucement le papier.

— Baba… s'il te plaît, lis ce qu'il a écrit !

Imam prend la feuille, ajuste ses lunettes et commence sa lecture à voix basse, sous le regard attentif et curieux de Fatmé qui se penche pour écouter. Au fur et à mesure que ses yeux parcourent les lignes, le visage de l'Imam se transforme, ses sourcils se relèvent et une expression de pure stupéfaction, puis d'un immense soulagement, éclaire ses traits.

En tant qu'érudit et guide spirituel, Imam Sow a immédiatement reconnu la structure, le ton et l'esprit de la célèbre missive du Prophète Souleymane à la reine Bilqis. Il est encore plus émerveillé que sa fille par la grandeur de ce geste. Ce jeune homme n'a pas seulement fait preuve d'intelligence, il a démontré une piété et une noblesse d'âme hors du commun.

L'Imam baisse la feuille, un sourire radieux et fier venant enfin illuminer son visage de marbre. Il lève les yeux vers sa femme puis vers Marianne et souffle d'une voix vibrante d'émotion

— Ma Shaa Allah… Cet homme n'est pas un prétendant ordinaire Marianne ! Par Allah, Abdoul Aziz vient de prouver qu'il a la sagesse des anciens, il est l'homme le plus juste, le plus noble et le plus digne que je pouvais espérer pour toi. Ma fille, tu peux lui ouvrir la porte de notre maison sans crainte !

Fatmé sourit à son tour, les larmes aux yeux, voyant enfin l'angoisse quitter le visage de sa fille aînée. Marianne baisse la tête, un sourire timide mais d'une pure beauté dessiné sur ses lèvres, elle attend la suite de son destin avec une impatience sereine.

...

Le lendemain après-midi, le soleil de Dakar commence à décliner, baignant le quartier d'une lumière orangée. Comme s'il avait rendez-vous avec son destin, Abdoul Aziz est assis sur la terrasse de l'étage de sa maison familiale. Officiellement, il révise ses dossiers juridiques, officieusement, ses yeux ne quittent pas le goudron de la ruelle. Il attend, il espère voir passer Marianne, ne serait-ce que pour capter une seconde de son regard après le miracle de la lettre de la veille.

Mais les minutes s'étirent et Marianne ne passe pas. À sa place, ce sont sa mère, Tata Nabou et sa petite sœur Djeynaba, qui s'installent sur la terrasse avec le nécessaire pour préparer le troisième thé.

Tata Nabou observe son fils du coin de l'œil depuis un moment, elle remue le liquide mousseux d'un petit verre à l'autre, un sourire en coin.

— Aziz, mon fils… dit-elle d'un ton faussement innocent. J'ai remarqué que ces temps-ci, tu sors beaucoup après Soubh. Et là, tu es assis sur cette terrasse depuis deux heures, à fixer la rue comme si tu attendais la lune. J'ai bien l'impression que mon grand juriste est amoureux déh !

Djeynaba éclate de rire en tendant le plateau à sa mère

— Ah maman, tu as vu ça toi aussi ? Même quand son téléphone sonne, il ne calcule plus. Il est sur une autre planète !

Aziz sent une présence, il s'apprête à se défendre, à sortir une excuse professionnelle, quand une silhouette bien connue s'avance enfin au bout de la ruelle, c'est Marianne. Elle marche d'un pas tranquille, un grand foulard enroulé avec élégance, rayonnante.

Instantanément, Aziz oublie sa mère et sa sœur, il se lève à moitié de sa chaise, le cœur battant. Au même moment, comme si elle avait senti son regard, Marianne lève les yeux vers la terrasse, leurs regards se croisent en plein vol mais cette fois, tout a changé, plus de peur, plus de fuite. Marianne lui adresse un sourire large, lumineux, d'une beauté à couper le souffle avant de reporter ses yeux sur Tata Nabou qu'elle vient de remarquer.

— Tante Nabou ! Assalamou Aleykoum ! lance Marianne d'une voix douce et respectueuse depuis la rue.

— Wa Aleykoum Assalam, Marianne ma fille ! Comment va ta maman ? Répond Tata Nabou avec une immense affection, en lui faisant de grands signes de la main.

Marianne répond poliment, échange les salutations d'usage puis s'éloigne d'un pas léger. Sur la terrasse, Aziz est complètement figé, un sourire niais collé aux lèvres, le regard perdu dans la direction où la jeune fille a disparu.

Il se tourne vers sa mère, sourit et lâche la bombe, le plus sérieusement du monde

— Maman… C’est elle, c'est Marianne Sow que je compte épouser !

Le silence s'installe une seconde puis Tata Nabou éclate d'un rire monumental, tapant ses mains l'une contre l'autre, imitée par Djeynaba qui glousse dans son coin.

— Toi ? Épouser Marianne ? Ah Aziz, vraiment tu es fou ! Tu as complètement perdu la tête, mon fils ! rigole Tata Nabou en secouant la tête.

— Mais maman je suis sérieux ! Insiste Aziz, presque vexé.

Tata Nabou redevient un peu plus sérieuse, pose son verre de thé et le regarde avec un air protecteur mais taquin.

— Mon fils, Marianne est beaucoup trop belle et beaucoup trop sérieuse pour un perturbateur comme toi ! Ne va pas perturber cette fille, c’est une perle rare, une jeune femme exceptionnelle. Tout le quartier sait comment elle est pudique et bien éduquée en plus, sa mère Fatmé m'a dit qu'elle est en deuxième année à l'université, elle est tellement intelligente, elle a un avenir brillant ! Les filles de sa trempe, on ne les perturbe pas avec des histoires de garçons, laisse la tranquille avec tes yeux d'amoureux là !

Aziz sourit, loin d'être découragé par les taquineries de sa mère au contraire, entendre Tata Nabou faire l'éloge de Marianne le conforte encore plus.

— Ne t'inquiète pas, maman, murmure-t-il avec une assurance tranquille. Je ne vais pas la perturber, je vais l'honorer et tu verras que c'est elle qui sera ta belle-fille !

Le soir même, après avoir vu Aziz sur la terrasse et salué Tata Nabou, Marianne s'enferme dans sa chambre. Inspirée par la noblesse de la démarche d’Aziz, elle s'assied à son bureau, une feuille blanche devant elle. Elle prend son stylo et d'une écriture fine, fluide et décidée, elle rédige sa réponse.

Le lendemain matin, avant de partir pour l'université, elle cherche son père. Imam Sow est assis sur la véranda, son chapelet à la main, Marianne s'avance doucement, une enveloppe non cachetée à la main et la lui tend avec une grande pudeur.

— Baba… c’est ma réponse pour Abdoul Aziz. Je veux que tu la lises avant.

L’Imam pose son chapelet, surpris et touché par la démarche de sa fille, il déplie le papier et parcourt les lignes à voix basse.

Bismillah Ar-Rahman Ar-Rahim !

À Abdoul Aziz Ndiaye.

J'ai reçu tes mots et j'en ai compris le sens. Sache que ta démarche a trouvé un écho de respect dans cette maison et que mon père a reconnu en toi la droiture que l'on n'attendait plus des hommes de ce quartier.

Tu dis que tu ne viens pas pour briser mes rêves ni pour m'enchaîner, c’est une promesse que je garde précieusement. Mon esprit est à mes études et mon avenir à l'université est une barrière sur laquelle je ne transigerai pas. Si tes intentions sont aussi pures et protectrices que tes écrits le prétendent, alors tu sauras te montrer patient.

Laissons nos familles ouvrir les portes du dialogue dans le respect et la dignité. Notre porte n'est pas fermée à ceux qui marchent dans la lumière.

Que la paix soit sur toi !

L’Imam Sow relit le texte, un immense sentiment de fierté lui gonflant la poitrine. Sa fille n'a pas fléchi, elle n'a pas cédé à la naïveté, elle a répondu avec la hauteur d'une femme d'esprit, fixant ses conditions avec une élégance rare.

— Ma Shaa Allah Marianne, murmure l'Imam en levant des yeux brillants vers elle. Ta plume est aussi digne que la sienne. Va à l'université, l'esprit tranquille, je me charge de lui remettre !

Plus tard dans la matinée après la prière de Tisbâr, l’Imam Sow croise Aziz dans la cour de la mosquée. Le jeune homme s'approche pour saluer le guide, le cœur toujours un peu lourd d'incertitude. Imam le regarde et cette fois, un léger sourire bienveillant vient détendre son visage d'ordinaire si sérieux. Il plonge sa main dans son grand boubou et en sort l'enveloppe de Marianne.

— Tiens, Abdoul Aziz. Voici la réponse de Marianne. Elle a tenu à ce que je la lise et je te la remets aujourd'hui avec ma bénédiction !

Aziz prend l'enveloppe, les mains presque tremblantes, le choc de recevoir ce papier directement des mains de l'Imam lui coupe le souffle. Il s'isole immédiatement sous l'ombre d'un manguier pour dévorer les mots de Marianne. En lisant cette acceptation royale où elle lui ouvre la porte tout en protégeant son avenir à l'université, Aziz ressent une joie indescriptible.

Il lève les yeux vers le ciel, le cœur plein de gratitude, prêt à dire à ses parents que le moment est enfin venu de franchir les 50 mètres qui les séparent de la maison de l'Imam.

Après avoir lu et relu les mots précieux de Marianne sous le manguier de la mosquée, Aziz ne tient plus en place. Le papier plié soigneusement dans sa poche de chemise, juste contre son cœur, il attend la fin de l'après-midi avec une impatience dévorante.

Vers 17 heures, alors que la chaleur étouffante de Dakar commence à tomber, Aziz rassemble ses parents dans le salon familial. Son père, un homme d’une grande prestance est assis dans son fauteuil en cuir, tandis que Tata Nabou termine de ranger ses verres de thé. Le moment est venu, Aziz prend une grande inspiration et se lance sans détour. Il leur ouvre son cœur, leur racontant absolument tout, la nuit de l'agression dans la ruelle, comment il a protégé Marianne des mains de Salif, ses discussions profondes sur le banc de la mosquée avec l’Imam Sow, le test de patience du vieux guide et enfin, le miracle de cette correspondance royale qui vient de sceller leur respect mutuel.

En entendant toute l'histoire, Tata Nabou pose doucement son plateau, le regard sérieux, dépouillé de toute la taquinerie de la veille, elle fixe son fils dans les yeux.

— Aziz, mon fils… Je te pose la question une dernière fois et je veux que tu me répondes avec toute la maturité de ton âme. Est-ce que tu es bien sûr de toi ? Marianne est la fille d'un Imam respecté mais c'est surtout une perle, une fille d'une pureté et d'une rigueur rares. Je ne me permettrai jamais de te laisser faire n'importe quoi avec elle ou de perturber sa vie pour un simple caprice. Est-ce que tu l’aimes avec la sincérité d'un homme prêt à l'honorer ?

Aziz ne cille pas, son regard est d'une droiture inflexible lorsqu'il répond à sa mère

— Maman, je te jure par Allah, je l’aime avec une sincérité totale. Mon intention n'est pas de la perturber mais de devenir son plus grand soutien. Je veux l'épouser dans les règles, respecter ses études et la protéger pour le restant de mes jours !

En entendant ces mots vibrants de vérité, le père d'Aziz, qui était resté silencieux, laisse échapper un large sourire de fierté. Il redresse ses épaules, le regard brillant d'admiration pour le sens de l'honneur de son fils unique.

— Alhamdoulillah, dit le père d'une voix forte et chaleureuse. Je suis profondément fier de toi mon fils, tu as agi comme un homme d'honneur et tu as choisi la meilleure des familles pour t'allier, Imam Sow est un saint homme !

Tata Nabou, rassurée et touchée par la dévotion de son fils, sent les larmes lui monter aux yeux. Un immense sourire éclaire son visage, elle se tourne vers son mari puis vers Aziz et lâche la phrase qui va tout faire basculer.

— Alors qu'Allah bénisse cette union ! Mon fils, prépare-toi, dès demain, In Shaa Allah, ton père et tes oncles iront officialiser les choses. On ne va pas traîner !

Aziz sent son cœur bondir dans sa poitrine, dans quelques jours à peine, la Reine de Saba sera officiellement sienne. Le compte à rebours est lancé, et plus rien ne pourra arrêter le destin qui se met en marche dans la ruelle.

Le dimanche tant attendu arrive enfin, baigné par une douce lumière matinale. Dans la concession d'Imam Sow, l’atmosphère est solennelle, le salon a été soigneusement préparé pour accueillir le père d’Aziz, ses oncles et les sages de sa famille, venus accomplir la démarche sacrée.

Assis en cercle sur les grands tapis, les deux familles entament les discussions. Imam Sow, fidèle à sa parole et à sa vision de la droiture, ne laisse pas traîner les choses pas de marchandage, pas de protocole inutile. Lorsque la demande est formulée avec tout le respect requis, l'Imam se tourne vers ses proches pour officialiser son accord. Les dattes et les noix de cola, symboles de cette alliance bénie, sont immédiatement apportées par Fatmé et distribuées aux invités dans une ferveur partagée. Les prières s'élèvent, unanimes, pour placer cette union sous la protection d'Allah. Le mariage est scellé.

C’est alors que la porte du salon s'ouvre doucement, Marianne avance, vêtue d'un grand boubou simple mais d'une élégance rare, le visage en partie drapé dans son voile. À seulement 20 ans, habitée par une maturité qui impressionne l'assistance, elle pénètre dans la pièce pour saluer sa belle-famille pour la toute première fois. Il n'y a pas de folklore, pas de bruit, juste la pureté d'un instant suspendu.

Lorsqu'elle s'incline respectueusement devant le père d’Aziz, celui-ci la regarde avec une émotion contenue. Il glisse une enveloppe et une bague symbolique entre ses mains. Marianne lève discrètement les yeux et croise le regard d'Aziz, assis un peu plus loin parmi les hommes, son visage est illuminé par un sourire de soulagement et de fierté absolue. En touchant ce symbole de leur alliance, Marianne ressent une paix profonde qu'elle n'avait pas éprouvée depuis des années.

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