PARTIE 03 - LA FILLE DE L'IMAM

MIEL DE MON COEUR

L’ambiance de la boutique des Diallo est toujours la même après la prière de Maghrib, un mélange d'odeurs de savon et cette lumière jaune qui éclaire faiblement le comptoir. Marianne s'avance, son pagne ajusté, le visage à moitié encadré par son voile sombre. Elle vient acheter du lait et du sucre pour le dîner familial. Derrière la caisse, Dalanda l'accueille avec son éternel sourire de commère, les yeux pétillants de malice. Tout en glissant les sachets de lait dans un sachet transparent, elle ne peut pas s'empêcher de se pencher en avant, la voix pleine de sous-entendus.

— Marianne ! Toi vraiment, tu vis dans ton monde déh ! Guiss nga thiof bou danou ci kogne bi xana ? Tu as vu le fils de Tata Nabou ? Le jeune Abdoul Aziz qui est rentré de Paris là ? Il a grandi ici pourtant... mais alors là Ma Shaa Allah. Il est devenu tellement beau, propre, net ! En plus, les gens disent qu'il ne rate pas une prière à la mosquée ! Tu n'as pas vu comment il te regardait la dernière fois quand tu te disputais avec le vieux là ?

Marianne sent une vague d'agacement lui monter à la gorge, ce genre de discours sur les hommes lui donne des boutons. Sans même un regard pour Dalanda, elle pose l'argent exact sur le comptoir et la coupe d'un ton sec, glacial, qui ne laisse aucune place à la discussion.

— Dalanda s'il te plaît, garde tes commentaires ! Diokhma sama wéthiét damay déme ! Ma monnaie et j'y vais, les hommes ne m'intéressent pas, tu le sais très bien !

Elle arrache presque son sachet de ses mains et tourne les talons sans lui laisser le temps de répliquer. Elle s'enfonce d'un pas rapide dans la pénombre de la ruelle, son esprit divague un peu, le visage du jeune homme lui revient, elle la chasse aussitôt

...

Pendant ce temps, à l'autre bout de l'avenue, l'ambiance est totalement différente. Devant la grande porte de la maison des Diop, l'atmosphère est électrique. Abdoul Aziz et son meilleur ami, Abdou Rahîm sont sur le trottoir en train de parler du clasico Real-Barça qu'ils viennent de suivre ensemble.

— Je te l'ai dit, ton Barça est fini, Rahîm ! Vous n'avez plus de défense, c'est cadeau ! rigole Aziz

— Attends le match retour, tu vas voir si c'est cadeau ! Allez rentre chez toi, il se fait tard et ton père va encore me accuser de te retenir dehors, réplique Rahîm en lui donnant une tape amicale sur l'épaule.

Les deux complices s'échangent une dernière bousculade et Rahîm passe la porte de sa concession en riant. Aziz prend le chemin du retour, le sourire aux lèvres, marchant tranquillement mais le sourire s'efface d'un coup sec dès qu'il tourne l'angle de la ruelle menant chez lui.

Au milieu du chemin sombre, Salif et son éternel complice barrent la route à Marianne. Salif, l'air hautain, une cigarette à la main, s'avance vers la jeune femme avec un sourire carnassier. Marianne essaie de bifurquer mais le gars se décale, lui coupant brutalement toute issue.

— Hé la sainte nitouche ! Tu te crois au-dessus de tout le monde parce que ton père est imam ? lance Salif d'une voix traînante et vulgaire. Ce voile de misère là, ça cache ton visage mais ça ne cache pas le reste. Viens faire un tour avec nous, on va voir ce qu'il y a là-dessous !

Marianne sent son cœur rater un bond, face à cette proximité masculine qu'elle vomit, une panique noire s'empare d'elle. Elle recule d'un pas, le corps pris de tremblements frénétiques.

— Laisse-moi passer Salif ! Ne t'approche pas de moi, prévient-elle, la voix brisée par le dégoût.

— Ah, parce que tu donnes des ordres en plus ?

D'un geste brusque, violent, Salif tend le bras et attrape le tissu de son voile, il tire d'un coup sec. Le tissu glisse, s'arrache et les longs cheveux noirs de Marianne se défont d'un coup, s'éparpillant sur ses épaules dans la nuit. Marianne entre instantanément dans une crise d'hystérie complète, elle hurle de toutes ses forces, les yeux exorbités par la terreur. Elle se sent terriblement souillée, violentée dans son intimité la plus profonde par les mains de ce voyou. Salif et son ami éclatent d'un rire gras, savourant sa détresse, ils n'ont pas le temps de faire un pas de plus.

Aziz a tout vu, une rage aveugle lui monte au cerveau en une fraction de seconde. Il lâche tout, sprinte sur le goudron et se jette littéralement sur Salif. L'impact est d'une violence inouïe, il plaque Salif au sol, le poids de son corps écrasant l'agresseur contre le ciment dur avant que le complice ait le temps de réagir, Aziz est déjà à califourchon sur Salif, les yeux révulsés par la colère. Il lève le poing et commence à cogner, le bruit des impacts résonne sourdement dans le silence de la ruelle. Salif hurle de douleur, le visage en sang, essayant vainement de protéger sa tête.

— Espèce de chien ! Plus jamais tu ne touches à une femme devant moi ! Plus jamais ! tonne Aziz, hors de lui, continuant de déchaîner sa force sur le jeune riche du quartier.

Le complice, pétrifié par la sauvagerie de la correction, comprend vite qu'il n'est pas de taille. Il jette un regard terrifié à Salif qui gémit au sol, tourne les talons et prend la tangente en courant à toutes jambes dans le noir, abandonnant son ami à son triste sort.

Aziz se relève enfin, le souffle court, les jointures des mains endolories, ses habits sont couverts de poussière et de sable mais il ne prend même pas le temps de se nettoyer. Ses yeux se posent immédiatement sur Marianne, la jeune femme est là, adossée au mur en ciment, le corps secoué de spasmes et de sanglots incontrôlables. Ses longs cheveux défaits tombent sur son visage et ses yeux expriment une terreur pure.

Aziz baisse le regard avec pudeur pour respecter son intimité, il fait deux pas lents, repère le voile noir qui traîne dans la poussière et le ramasse. D'un geste fluide, il le secoue fermement à plusieurs reprises pour en enlever le sable puis, gardant une distance respectueuse, il tend le tissu vers Marianne sans essayer de s'approcher davantage.

Marianne, complètement pétrifiée, fixe ce voile puis le visage d'Aziz, ses mains tremblent tellement qu'elle peine à saisir le tissu. Elle l'arrache presque de ses doigts, le plaque contre ses cheveux en désordre et prise de panique, tourne les talons pour s'enfuir en courant vers sa concession, abandonnant Salif qui rampe au sol en gémissant.

Aziz la regarde s'éloigner, le cœur battant à tout rompre, quand des pas lourds et pressés résonnent derrière lui.

Imam Sow débouche dans la ruelle d'un pas grand et pressé, alerté par les cris qui ont déchiré le silence du quartier. Il s'arrête net, découvrant la scène, Salif et ce jeune Abdoul Aziz, couvert de sable, les poings encore serrés. Imam se met droit devant Aziz, le regard grave et inquisiteur.

— Abdoul Aziz… Qu’est-ce qui se passe ici ? demande-t-il d'une voix forte.

Aziz reprend sa respiration, essuyant la sueur sur son front par respect pour la jeune fille et pour ne pas entacher sa réputation, il reste évasif mais ferme

— Imam… j'ai surpris Salif et son ami en train d'agresser une jeune fille du quartier. Ils l'ont encerclée et ont essayé de lui arracher son voile, elle hurlait, elle était en panique totale, je n'ai pas pu fermer les yeux, j'ai dû intervenir pour la sortir de leurs mains !

Imam Sow sent son sang se glacer, il comprend instantanément, au fond de son âme de père, de qui il s'agit mais il garde une maîtrise parfaite de ses émotions aucun muscle de son visage ne trahit son secret. Il regarde Salif qui se relève péniblement au loin pour s'enfuir à son tour, puis reporte ses yeux sur Aziz avec une immense gratitude.

— Qu'Allah te bénisse mon fils ! Tu as agi comme un homme d'honneur. Va te nettoyer et rentre te reposer. Merci pour ce que tu as fait ce soir !

— Amine imam ! Prenez soin de vous, répond Aziz en inclinant légèrement la tête.

Aziz tourne les talons et s'éloigne dans la nuit, l'esprit encore troublé par le regard de la jeune fille. Imam Sow, quant à lui, reste immobile au milieu de la ruelle, il attend patiemment qu'Aziz disparaisse complètement de son champ de vision pour ne pas éveiller les soupçons, avant de se diriger d'un pas lourd vers sa maison.

À l'intérieur, l'atmosphère est étouffante, dans le salon, Marianne est effondrée sur les genoux de sa mère Fatmé. Elle pleure toutes les larmes de son corps, ses mains agrippées au pagne de sa maman comme si sa vie en dépendait, cherchant à laver la sensation de souillure qui la paralyse. Fatmé lui caresse doucement les cheveux, les larmes aux yeux, murmurant des paroles apaisantes.

La porte s'ouvre et Imam entre, son visage est marqué par une profonde tristesse. Il s'approche doucement et s'assied près d'elles.

— Marianne, ma fille… Raconte-moi ce qui s’est passé, demande-t-il d'une voix douce mais tremblante d'émotion.

Marianne relève la tête, les yeux gonflés, la voix entrecoupée de sanglots :

— C'est Salif, papa… Il a bloqué le chemin avec son ami, il m'a dit des choses horribles, des mots tellement crus… et il a tiré sur mon voile. Mes cheveux se sont défaits, je… je me suis sentie tellement sale, tellement impuissante. Je criais et ils se moquaient de moi et soudain, un jeune homme est arrivé de nulle part. Je ne connais même pas son nom papa mais il s'est jeté sur Salif et l'a frappé de toutes ses forces. C'est grâce à lui que je m'en suis sortie, sinon je ne sais pas ce que ces monstres m'auraient fait…

Fatmé, le visage durci par la colère de voir son enfant ainsi traumatisée, se tourne vers son mari

— C'est inacceptable ! Cette fois, ça va trop loin, il faut qu'on aille à la police, il faut porter plainte pour que ces harcèlements cessent définitivement ! On ne peut pas laisser ce vaurien détruire la vie de notre fille !

Imam Sow laisse échapper un long soupir d'impuissance et hoche négativement la tête.

— Non Fatmé ! Porter plainte ne servira à rien dans ce quartier ! Regarde autour de nous, nous sommes entourés de magistrats, de ministres et de personnalités influentes. Le père de Salif est procureur, si nous allons à la police, face à leur argent et leur pouvoir, c'est nous qui serons les perdants. Ils retourneront l'histoire contre nous et le déshonneur tombera sur notre maison. Le mieux est de laisser la justice d'Allah se faire, elle est bien plus implacable que la leur !

Il se tourne ensuite vers Marianne, le regard protecteur et pose ses mains bienveillantes sur ses épaules.

— Marianne ma fille, tu es une femme d'une grande beauté, Ma Shaa Allah. Je sais que tu as des principes de fer mais ces hommes n'ont pas de cœur. À partir d'aujourd'hui, je te demande de rester beaucoup plus vigilante, je vais veiller sur toi plus que jamais, tu ne marcheras plus seule à ces heures-là !

Dans un élan d'une tendresse infinie, Imam ouvre ses bras et serre sa fille contre sa poitrine. Marianne s'y blottit, trouvant enfin un semblant de paix dans le sillage de son père même si, au fond de son esprit, l'image de ce jeune inconnu secouant son voile avec tant de respect refuse de s'effacer.

Cette nuit-là, après avoir lavé ses larmes, Marianne se couche le cœur encore lourd de tout ce dégoût mais le sommeil lui réserve une surprise totale. Elle se voit dans une mosquée d’une beauté irréelle où tout est blanc, d'une pureté éclatante. En face d'elle se tient le jeune inconnu de la ruelle, il est magnifiquement habillé, tout de blanc vêtu, une lumière sereine émanant de lui. Imam Sow s’avance alors vers eux, un sourire bienveillant aux lèvres et leur tend à chacun un papier blanc et un stylo sans hésiter, sous le regard protecteur de son père, ils signent le document. L'instant d'après, le décor change, elle se voit, main dans la main avec Aziz en train de marcher calmement sur l’eau, sans couler, en totale sécurité.

Elle se réveille en sursaut, le souffle court, baignée par une étrange sensation de paix. Dans le noir de sa chambre, elle se demande aussitôt « Qui est cet homme ? » Pour une fille qui ressent une misandrie si profonde, ce rêve lui paraît totalement bizarre, presque effrayant mais une certitude s'est installée, cet inconnu n'est pas comme les autres. Elle secoue la tête pour chasser ces pensées, se lève et commence à se préparer pour aller à l'université.

Quelques jours passent. À la mosquée, après la prière de Soubh, Aziz se retrouve à nouveau seul avec Imam Sow sur le banc en bois. Les images de la ruelle le hantent encore et il décide de pousser le bouton plus loin.

— Imam, je pense constamment à Marianne, confie-t-il avec une franchise désarmante. Je veux vraiment la connaître, je ne cherche pas à m'amuser, mes intentions sont pures !

Imam le regarde longuement, évaluant la sincérité qui brille dans les yeux du fils de Tata Nabou. Il sait que ce jeune homme a sauvé sa fille, qu'il a agi avec honneur et que dans ce quartier de riches et de magistrats où ils sont si précaires, un homme comme Aziz est une bénédiction.

— Est-ce que tu as de très bonnes intentions envers elle ? demande simplement l'Imam.

— Oui imam, plus que tout, répond Aziz sans ciller.

Imam Sow hoche lentement la tête, il n'ajoute aucun commentaire, aucun mot de plus, préférant laisser le destin et la volonté d'Allah guider les choses à leur rythme.

...

Le lendemain matin, Dakar s'éveille sous un soleil déjà chaud, Marianne marche d'un pas régulier sur le trottoir, son sac de cours à l'épaule, en route pour l'UCAD. Au même moment, une belle voiture remonte lentement la ruelle principale du quartier; à l'intérieur, Aziz est au volant, son père installé sur le siège passager à côté de lui.

En arrivant au croisement, Aziz ralentit, ses yeux croisent alors la silhouette de Marianne, debout sur le bord de la route. Marianne tourne la tête et aperçoit le véhicule, leurs regards se captent à travers la vitre, direct, intense et pour la première fois de sa vie face à un homme, Marianne ne baisse pas instantanément les yeux. Elle le regarde, elle n'est plus terrorisée, elle ne ressent pas ce dégoût viscéral qui la paralyse d'habitude, elle reconnaît instantanément le visage de son sauveur, l'homme en blanc de son rêve.

Aziz la fixe en retour, le cœur suspendu, dans un geste d'un respect infini, il lui adresse un léger signe de tête à travers la vitre. Marianne le reçoit, le corps immobile mais l'esprit complètement chamboulé par cette connexion silencieuse avant que la voiture ne s'éloigne doucement dans la rue.

Quelques jours passent après cette rencontre silencieuse dans la ruelle principale du quartier. Le souvenir de ce regard à travers la vitre de la voiture ne quitte plus l’esprit de Marianne, s'invitant même entre deux lignes de code à l'université.

...

Ce samedi après-midi, le soleil commence doucement sa descente sur Dakar, étirant les ombres des grands bâtiments du quartier résidentiel. C’est l’heure où l’Imam Sow aime rester à la mosquée après l'office pour ranger les livres et s'entretenir avec les jeunes comme à son habitude, Marianne prépare un thermos de thé à la menthe bien chaud pour son père, une attention qu’elle ne raterait pour rien au monde.

Elle ajuste son voile noir, s'assure que sa tenue est impeccable et prend le chemin de la mosquée, le cœur léger. En arrivant près de la salle de prière, le calme des lieux l'enveloppe, elle avance d'un pas feutré sur les tapis, s'attendant à trouver son père seul. Mais en contournant l'un des piliers blancs, elle s'arrête net, le souffle court.

À côté de son père, assis en tailleur sur le tapis, se trouvent deux jeunes hommes. L'un d'eux lui est inconnu mais l'autre… c'est lui, Abdoul Aziz est là, un grand Coran ouvert sur les genoux, un chapelet à la main. Il est concentré, le visage serein, en train de réviser ses versets à voix basse avec son meilleur ami sous l'œil attentif de l'Imam. Cette image de pureté et de piété frappe Marianne de plein fouet, ce n'est pas la vulgarité de Salif, ce n'est pas le vice des hommes du quartier, c'est exactement l'ambiance blanche et lumineuse de son rêve.

Sentant une présence, l’Imam Sow lève les yeux et sourit en voyant sa fille, Aziz et son ami s'interrompent et lèvent le regard à leur tour. En croisant les yeux de Marianne, Aziz sent son cœur rater un battement, ses mains se crispent légèrement sur les pages du livre sacré. C'est elle. La fille de la ruelle.

Marianne, malgré le flot d'émotions qui menace de la submerger, ne fuit pas, elle garde une dignité absolue et pour la toute première fois de sa vie face à de jeunes hommes, elle prend l'initiative de saluer d'une voix douce mais claire...

— Assalamou Aleykoum !

— Wa Aleykoum Assalam, répondent les jeunes hommes en chœur, la voix d'Aziz vibrant d'une émotion contenue.

Marianne s'avance prudemment et pose le thermos de thé devant son père. Imam qui observe le manège avec toute la sagesse et la malice d'un vieux sage, décide qu'il est temps de faire tomber les masques. Il pose sa main sur l'épaule d'Aziz et se tourne vers sa fille...

— Abdoul Aziz, voici Marianne, ma fille aînée, Marianne, c'est ce jeune homme qui t'a sortie des mains de Salif l'autre nuit !

Le choc est immédiat, électrique, Aziz se fige, le regard exorbitant, le cerveau en ébullition. Marianne… la fille de l'Imam ! Tout s'éclaire d'un coup dans son esprit, les réticences du vieux guide sur le banc, les conditions strictes qu'il avait posées la veille… Tout s'emboîte enfin. La surprise lui coupe presque la parole mais son respect pour l'Imam reprend le dessus. Il incline la tête vers Marianne, le regard brillant d'une admiration nouvelle.

Marianne, quant à elle, ressent un frisson lui parcourir l'échine, cet inconnu qui hante ses pensées, son sauveur, l'homme de son rêve blanc, c'est donc lui l'Abdoul Aziz dont sa mère et Dalanda lui parlaient avec tant d'éloges.

— Merci encore pour l'autre soir, murmure-t-elle timidement, les yeux ancrés dans les siens pendant une seconde suspendue.

— C'était un devoir, répond simplement Aziz, le visage illuminé par un sourire sincère.

N'osant pas prolonger ce moment magique par pudeur, Marianne prend congé d'un hochement de tête et fait demi-tour.

Sur le chemin du retour, la ruelle résidentielle ne lui semble plus aussi sombre ni menaçante, ses pas sont légers, presque dansants sur le goudron. Elle revoit en boucle le visage d'Aziz, ses yeux protecteurs, sa posture respectueuse devant le livre saint. Pour la première fois encore depuis des années, la carapace de méfiance et de dégoût que Marianne portait comme une armure vient de se fissurer pour de bon. Un sourire radieux, incontrôlable et magnifique vient illuminer son visage Ma Shaa Allah alors qu'elle pousse la porte de sa maison, le cœur définitivement apaisé et prêt pour ce que l'avenir lui réserve.

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