Chapitre 5
NOOR, LA LUMIERE
******MOUNIROU MOUNTAKHA****
Tu es bien pensif…
Je me retournais vers la voix de Victor Sène qui était devenu naturellement mon interlocuteur privilégié grâce à son sens exceptionnel de l’écoute et cette empathie évidente qui semblait surgir de son âme dès qu’il fixait ses yeux ambrés sur moi.
C’est devenu mon état naturel, je crois, répondis-je sincèrement.
Tant que cela te permet d’avancer, c’est un bon moyen pour s’adapter à une situation.
Hum. Je dois aller rencontrer le grand-père des triplés tout à l’heure et j’appréhende un peu ce moment.
Tu ne devrais pas. S’il avait été là, au moment de ta rencontre avec Midaadi, tel que je le connais, il serait déjà venu de lui même te rencontrer. Et puis la mère des enfants a déjà fait son enquête sur toi, ne t’inquiète même pas. Elle m’a bombardé de questions et je suis sûr que si d’après mon compte rendu, elle avait eu un avis défavorable te concernant, elle aurait déjà averti son père pour qu’on interdise les enfants de te fréquenter.
Quand ?
Le lendemain de ta rencontre avec Midaadi, juste après qu’il t’ait présenté ses frères.
Mais quand elle est venue vendredi, elle a soutenu qu’elle venait d’être au courant…
Djendé est venue ici ?
Djendé ? Euh, Midaadi a dit “Ma Fatim”.
Ahh, elle, c’est la tante des enfants, Soxna Fatim.
D’accord, je comprends un peu mieux. Et où se trouve leur mère ?
Elle vit avec son mari, pas loin, à Derklé. Mais je peux t’assurer qu’elle me fait confiance et qu’elle sait que je ne t’aurai pas laisser t’approcher de ses enfants, ni de fréquenter la paroisse si tu avais été « dangereux ».
Donc tu te portes garant pour moi, alors que tu ne me connais même pas, Victor ?!
Je te connais mieux que tu ne le crois, Moon.
Tu ne vas pas t’y mettre toi aussi en m’appelant ainsi.
Mame Balla a dit que ce n’était pas un hasard si tes deux prénoms commençait par la même son : « Moon », comme la lune. Il a rajouté que tu étais à la recherche de la lumière qui te ferait à nouveau briller…
Mame Balla était véritablement un phénomène et sa description me frappa d’une façon inquiétante. Mais je choisis de ne pas trop y réfléchir pour l’instant, même si Victor laissa les mots du garçon flotter dans l’air quelques secondes avant de continuer.
Le Vieux n’empêchera pas ses petits-enfants de te fréquenter, si c’est cela qui t’inquiète. Et je suis persuadé qu’il va beaucoup t’apprécier, c’est un fervent talibé du Cheikh en plus. C’est grâce à lui que j’en sais autant sur le mouridisme.
On verra bien alors.
Tu t’es beaucoup attaché aux enfants en si peu de temps, Mounirou, tu ne penses pas que c’est un signe ? Si un jour, tu devais reprendre ta route…
Ce jour arrivera Victor, je m’y attends et je l’espère au fond de moi. Je ne veux pas de répit…
Il faut que tu te pardonnes une situation qui n’est en rien ta faute.
Je ne veux pas être heureux, alors qu’elles ne sont plus là…
Alors ce n’est pas juste pour ces garçons qui te regardent déjà comme un père.
…
Réfléchis bien à tout ça, Monsieur le penseur, avant de rencontrer leur grand-père.
Il se rendit à la chapelle après m’avoir lancé ses paroles. Il savait que faire du mal à ces gamins était la dernière chose que je souhaitais. Mais c’est ce qui allait se passer si je devais repartir, il avait raison ! C’était évident et pourtant je n’avais même pas pris une seconde pour prendre la décision de m’occuper d’eux.
Maintenant que Frère Victor avait posé son doigt dessus, je ne voyais plus que mon égoïsme face à l’innocence de ces enfants qui n’ont rien demandé. Il n’était pas trop tard pour reculer et partir avant de les décevoir encore plus… Cette vérité était aussi très dure à avaler mais c’était la décision à prendre. Je me levais d’un coup avant de changer d’avis mais au même moment, je fus comme aveuglé par une forte lumière, mon cœur se mit à battre la chamade.
J’eus peur de refaire une crise d’angoisse, mais la lumière baissa petit à petit d’intensité jusqu’à devenir ce rayon qui me guidait depuis mon départ de Khelcom. Il était de retour. Ce fut un soulagement mais avec une pointe de tristesse car j’étais persuadé que c’était déjà l’heure de repartir sur la route.
Je cherchais du regard Victor pour l’avertir, mais il n’y avait plus que moi dans la cour. Au moment ou je m’apprêtais à partir récupérer mes maigres bagages, la porte de la cour s’ouvrit brusquement sur les triplés qui courraient avec enthousiasme vers moi.
Moun, Moun, papi est rentré ce matin, Il veut te voir tout de suite, cria Midaadi.
Tu vas enfin pouvoir le rencontrer, je suis sur qu’il va t’adorer, poursuivit Mame Balla.
Et dès que ce sera fait, tu vas enfin faire partie officiellement de la famille, tu pourras même venir habiter avec nous, termina Ridial confiant.
Je suis resté dix secondes scotché sur place. Comment leur expliquer qu’il était temps pour moi de partir ? Je voyais plus que de l’excitation dans leurs yeux, il y’avait de l’envie mais surtout beaucoup d’espoir ; aurais-je le courage de leur briser le cœur ? Je n’eus même pas le temps de répondre à ma propre question que la lumière s’éteignit aussi subitement qu’elle avait apparu.
Dieu, à travers le destin, la vie, l’univers ou peu importe l’entité a qui Il avait confié la mission de guider mes pas, venait de me donner ma réponse.
Je devais rester.
Et une chose était certaine, ma nouvelle mission tournait autour des triplés.
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