__ Attention! Sauvez-vous! Mettez-vous à l’abri!!!
Les cris résonnent dans la nuit. Ils sont couverts par les bruits dans la tour-mente. Le vent souffle en rafale puissante. Il essaye en vain de chasser les nuages sombres qui reviennent sans cesse à l’assaut du ciel qui couvre ce coin de campagne. Seuls les nombreux éclairs zèbrent les ténèbres et éclairent la nuit sans Lune.
La route serpente au milieu d’une grande forêt. Elle est presque déserte à cette heure tardive. Quelques voitures circulent tout de même, en dépit du mauvais temps. La lueur de leurs phares éclairent la silhouette d’un homme qui coure sur le bas côté de la route.
Au bout d’une longue course dans ce quasi-désert forestier; les hurlements de l’homme retentissent sur le parking et dans la cour du château-hôtel:
__ Sauvez-vous! Mettez-vous à l’abri!
Celui qui crie dans la nuit, semble être d’un âge vénérable. En dépit de ce handicap, il court encore vite. Vêtu d’un pantalon de toile de couleur foncé d’un pull en laine sombre et d’un blouson bleu à fermeture éclair. La tête couverte d’un vieux bob foncé dégoulinant d’eau de pluie, le vieil homme arrive en tremblant devant le porche de l’édifice tout en continuant à crier.
__ Attention! Attention! Sauvez-vous. Allez sur des hauteurs, vite!
Tout en criant, le vieil homme essaye de garder son calme malgré la peur voire la terreur qui l’envahit visiblement de plus en plus. Il sent même de la sueur froide glisser le long de sa colonne vertébrale. Des larmes salées coulent le long de ses joues et se mêlent aux gouttes d’eau de pluie qui ruissellent sur son visage. Félix, le vieil homme, se demande où il pourrait se réfugier, à l’abri du danger dont il cherche à prévenir tous ceux qu’il croises.
Il essaye de rassembler ses esprits. De nombreuses pensées l’obsèdent en ce moment: La rivière a-t-elle débordée ? Qu’est-ce qui est arrivé à son hameau et à son chalet ? Qu’en est-il de ses voisins ?
L’homme vénérable revoit les évènements de la soirée. Il était dans sa maison-nette située dans un petit hameau. Il se revoit assis tranquillement dans son fauteuil dans le salon de sa petite maison en bois et en brique. Dans son petit chalet, il fumait la pipe en regardant par la fenêtre ouverte. Il prenait plaisir à admirer le décor qui l’entourait, la forêt qui cernait le hameau.
Soudain, il a entendu un bruit étrange, un claquement, puis deux. Intrigué, il est monté au premier étage de sa maisonnette et s’est précipité vers la fenêtre qui donne sur le ravin proche de quelques centaines de mètres. Ce qu’il voit le sidère et le terrifie: le fleuve, qui coule d’ordinaire très tranquillement au fond de la gorge, voyait son volume et son débit augmenté. Il atteignait à présent pratiquement les bords de la gorge.
Son sang ne fit qu’un tour. Il a redescendu l’escalier de sa maison et est sorti en fermant la porte. Il n’a pas eu le temps de prendre quoique ce soit à part son vieux ciré et son bob. Il pleuvait à verse car l’orage est déchaîné ce soir. Sans réfléchir, il s’est mis à courir, droit devant lui…
*******************************************************
A présent, les quelques personnes qu’il rencontre dans sa course, ne font pas attention à cet homme qui passe près d’eux, tant il paraît étrange. Une personne, échappée d’on ne sait où, ne se comporterait pas autrement.
L’une d’entre elles, méfiante tout de même, tourne même la tête dans la direction d’où vient le pauvre homme. Plissant les yeux, pour tenter de distinguer un éventuel danger, il ne remarque rien de troublant. Il hausse les épaules et s’apprête à rentrer dans le hall. Après-tout, cet homme n’est peut-être qu’ivrogne ou un fou… Ses avertissements ne seraient que des menaces inventées de toutes pièces.
L’homme, d’âge mur, habillé d’un costume-cravate, semble moyennement inquiet, même s’il se pose des questions sur le vieil homme. Il doit avoir environ quarante ans. Rasé de près, le quadragénaire a une présentation parfaite. Il réajuste le col de son manteau de laine. Cédric, pousse la porte de l’hôte. Il est serein.
Soudain, un craquement brusque retentit, par delà la forêt. Cette fois, le jeune quadragénaire hausse les sourcils et préfère brusquement faire demi-tour. Il se retrouve à nouveau sur le parking et jette un regard autour de lui. Il observe le décor. En se retournant, il entend, dans son dos, le vieil homme lancer ses mises en garde d’une voix tremblante.
L’espace qui se présente aux yeux de Cédric est dégagé. Il est illuminé sans arrêts par des éclairs en série. En face de lui, le parking où sont garées de nombreuses voitures de toutes sortes et de toutes tailles.
Sur sa droite, à quelques centaines de mètres, une muraille de pierres blanches s’étend depuis l’extrémité du bâtiment, jusqu’au portail du domaine, en contournant le parking.
Sur la gauche du jeune quadragénaire, le parking se poursuit un peu, avant qu’une libre étendue ne lui succède.
Cette dernière mène à un grand escalier en pierres blanches qui permet d’accéder à une esplanade surélevée de plusieurs dizaines de mètres plus haute que le ni-veau du parking et du bâtiment principal du château-hôtel. Sur cet espace surélevé, sont construits en matériaux robustes des bâtiments ou dépendances annexes de l’établissement hôtelier. Ils sont hauts de plusieurs centaines de mètres.
Cédric, résolu à se rendre dans une zone plus sécurisée en cas d’un éventuel danger venant de la forêt et de la rivière toute proche, se décide à rejoindre les hauteurs de ces dépendances.
Homme pragmatique, ce cadre supérieur réfléchit en marchant. Qu’est-ce qui se passe exactement par delà la forêt ? Son imagination marche à plein régime. La rivière a-elle débordé ? La foudre est-elle tombée sur des arbres qui se seraient effondrés? Pendant qu’il marche d’un pas rapide, il ressasse ses pensées.
Pendant ce temps, le vieil homme, qui a pénétré dans le hall, s’agite et répète les mêmes avertissements à qui veut bien l’écouter
Cette histoire vous a plu ?
Commentaires
Connecte-toi pour commenter