__ Au secours, au secours !
Le hurlement retentit dans la nuit sans lune. Le quartier du port est plongé dans les ténèbres. Là sur les docks, durant la journée, circulent des camions pour transporter les marchandises débarquées des grands bateaux vers les entrepôts. A cette heure qui précède l’aurore, le coin est quasiment désert. Une ombre remue faiblement sur les quais entre deux bâtiments. Elle finit par s’immobiliser, en étant allongée sur le bitume.
Le temps passe. Les heures s’écoulent lentement. Au petit matin, quand l’activité du port reprend comme d’habitude, des dockers s’approchent du coin désert quelque temps plus tôt.
Deux hommes discutent ensemble et se dirigent vers un espace entre deux bâtiments. Gérald et Christian, deux dockers connus de tout le port et de ses travailleurs. Ils parlent de choses et d’autres.
__ Combien de tonnes de soja devons nous décharger du bateau Le Golden Lion, aujourd’hui ?
__ Une grande quantité !! 60 000 tonnes.
Absorbé par leur conversation, ils ne regardent pas où ils marchent. Christian, un robuste gaillard de quarante ans, mal rasé, habillé de sa tenue de travail, un jean à multiples poches et une veste fluo jaune et grise, avance sans regarder la route. Ses yeux marrons fixent son interlocuteur, un homme du même âge que lui, Gérald, un homme svelte et maigre. Ce dernier est habillé du même genre de tenue que son collègue : un jean à poches multiples et une veste grise et jaune.
Tout à coup, le pied gauche de Christian heurte quelques chose au sol, un objet mou. Baissant les yeux, il est effrayé par ce qu’il découvre à ses pieds. Son collègue suit son regard et regarde aussi le sol. Lui aussi est surpris par ce qu’il aperçoit.
Le corps d’un homme d’une vingtaine d’année repose à leurs pieds. Il s’agit d’un jeune visiblement à peine sorti de l’adolescence. Il est grand et porte un jean troué et un vieux sweat. Son visage encore juvénile, est taché de grains de beauté. Ses yeux sont fermés. Ses cheveux bruns et bouclés sont coupés courts et cachés pas une casquette en toile.
Du sang tache sa chemise au niveau du ventre et du cœur. Les deux dockers se penchent vers le corps inerte et hélas constatent que le jeune est mort. Alors, Gérald prend son téléphone portable et compose le 17 pour appeler la police, et le 15 pour le Samu.
Quelques dizaines de minutes plus tard, une voiture de police accompagnée d’un camion du SAMU arrive sur place. De la voiture, sortent trois hommes, très différents les uns les autres.
Le premier des deux policiers est petit, aux cheveux courts et châtains. Il porte un pantalon de toile maintenu par une ceinture à boucle argentée ainsi qu'une chemise à carreaux blancs. Son blouson de cuir marron le protège de la pluie qui commence à tomber dans ce début de matinée. Ses mocassins noirs sont étincelants. Jean Berbero, âgé de cinquante ans environ, est inspecteur de police au commissariat local, depuis plus de vingt ans. En descendant de la voiture, il réajuste ses lunettes noires.
Le deuxième homme à descendre du véhicule, est au contraire très grand. Son jean bleu marine et son pull lui vont à merveille. Il porte un manteau en laine foncé qui descend jusqu’à ses cuisses. Une paire de bottines protège ses pieds. Louis Despoc, trente huit ans est lieutenant de police dans cette ville depuis, peut-être quatre ans.
Enfin le troisième homme qui sort de la voiture, est de taille moyenne. Ses cheveux bruns grisonnant entourent un visage ovale. Sa combinaison claire le couvre des pieds à la tête. Il porte une sacoche brune. Samuel Protec, cinquante cinq ans, est médecin légiste, en poste au commissariat local depuis trois ans.
Les trois hommes s’approchent des deux témoins et du corps du malheureux. Les deux dockers s’écartent du cadavre et vont répondre aux questions des officiers de gendarmerie.
__ A quelle heure avez-vous trouver le corps ?
__ Nous sommes arrivés vers 4h00 du matin pour notre travail sur les docks ! Et en marchant, nous sommes tombés sur le corps de ce pauvre garçon. Nous ne l’avons quasiment pas touché. Nous avons juste vérifié s’il vivait encore en lui prenant le pouls.
__ Je vois !
Pendant ce temps, le médecin légiste s’approche du corps, les mains gantées et un dictaphone à la main. Il fait ses premières observations :
« Corps retrouvé sur les quais de la ville à 4h00 du matin du vingt-cinq février.
C’est un homme apparemment proche de vingt ans. Il est de type eurasien. Typé, il ressemble à un homme venant de l’est. »
Il examine ensuite le corps, un étrange médaillon accroché à une chaîne en or, autour du cou : il a une forme ovale et est creux. En l’ouvrant, le légiste constate la présence de deux petites photos qui représentent chacune un individu : une femme et un homme, qui se tiennent tous les deux debout, chacun dans un cadre différent. Le médecin observe le jean troué et le sweat usagé. Il remarque toujours oralement sur son dictaphone que les deux tâches de sang se trouvent pour l’une au niveau de l’abdomen, pour l’autre près du cœur. En soulevant le sweat, il découvre deux blessures à l’arme blanche. L’enquête dira de quelle arme il s’agit. D’après l’examen du corps et de la rigidité cadavérique, il déduit que l’heure de la mort doit approximativement remonter à 2h00 du matin.
Cette histoire vous a plu ?
Commentaires
Connecte-toi pour commenter