La villa de Fann Résidence est silencieuse quand Bilqis rentre ce soir-là, après une longue journée au commandement. Le garde de faction se redresse immédiatement, la main droite claquée à la tempe.

— Mes respects, mon Colonel !

Elle hoche la tête, entre, pose sa casquette sur le meuble de l’entrée et défait sa veste avec ces gestes automatiques du soir. L’uniforme se range, le grade se dépose et la femme reprend doucement sa place sous le colonel.

Elle dispose d’une heure avant de repartir vers Guédiawaye, elle prend une douche rapide, enfile un ensemble tailleur-pantalon bleu marine, simple et élégant, puis renoue ses cheveux différemment, ce petit geste montre qu’elle se rend chez ses parents et non au commandement. Dans la voiture, elle ordonne à Mbaye de prendre la route de Guédiawaye, il hoche la tête sans poser de question, c’est ce qu’elle apprécie chez lui, cette discrétion professionnelle absolue.

Dakar défile sous ses yeux, les embouteillages du soir, les boutiques qui ferment, les enfants qui jouent encore dans les rues malgré l’heure tardive et les odeurs de dibi qui se mélangent aux fumées noires des cars rapides. Cette ville qu’elle connaît depuis l’enfance lui rappelle toujours d’où elle vient, quelles que soient les étoiles qu’elle porte sur ses épaules.

La maison familiale de Guédiawaye est une de ces bâtisses sénégalaises qui grandissent en même temps que la famille. Deux étages construits progressivement, une grande cour intérieure et des bougainvilliers roses qui débordent du mur d’enceinte, c’est une maison qui a de la mémoire, qui porte dans ses murs l’odeur de toutes les années écoulées.

Le véhicule officiel s’arrête devant le portail, la nouvelle de sa nomination a déjà fait le tour du quartier. Bilqis le voit immédiatement aux visages qui apparaissent aux fenêtres voisines, aux enfants qui courent annoncer son arrivée et à cette effervescence douce qui précède les grandes occasions.

Elle descend de la voiture, son père sort à sa rencontre, Dramane Seydi, soixante-douze ans est un ancien colonel de la gendarmerie à la retraite et ancien chef de protocole du Président Fall. C’est un homme grand, au dos encore droit malgré les années, ses cheveux blancs sont coupés court et son visage porte cette sérénité particulière des hommes qui ont servi et qui savent ce que cela coûte.

Il s’avance vers elle dans la cour et s’arrête, dans un mouvement presque imperceptible, le militaire reprend son port d’armes devant l’autorité, sa main droite monte lentement, précisément, jusqu’à sa tempe, ses yeux brillent d’une fierté qu’il ne cherche pas à cacher.

— Mes respects, Colonel Khadijatou Bilqis Seydi !

Sa voix est tremblante habitée par l’émotion, Bilqis regarde cet homme qui lui a appris à marcher droit, à parler juste et à ne jamais baisser les yeux devant quiconque. Cet homme dont elle a hérité la rigueur, la discipline et cette façon d’occuper l’espace sans jamais envahir celui des autres, elle se redresse à son tour, la main à la tempe.

— Mes respects, Commandant Seydi !

Un silence de quelques secondes s’installe puis le protocole s’efface, il la prend dans ses bras avec cette étreinte des pères qui ne savent pas toujours dire les choses mais qui les montrent. Elle pose sa tête une seconde contre son épaule, une seconde seulement, d’est leur pudeur à tous les deux.

— Je suis fier de toi, dit-il simplement contre ses cheveux.

Les trois mots qu’elle attendait depuis vingt-deux ans sans jamais se l’avouer tout à fait. C’est à ce moment que la voix de sa mère retentit depuis le seuil, c’est la voix d’Adja Salma Seydi qui ne fait jamais les choses à moitié.

— Kouy soldat diougal mathie, d’origine ba ngi dora nieuw ! Toi le soldat, lève-toi et défile, le vrai combattant est en place !

Bilqis lève les yeux vers sa mère cette femme ronde et lumineuse, vêtue d’un grand boubou brodé. Elle chantonne en wolof avec cette fierté des mères africaines qui célèbrent leurs enfants en chansons quand les mots ne suffisent plus. Bilqis sourit malgré elle, c’est un sourire rare que peu de gens connaissent, sa mère descend les marches et la serre contre elle. Cette chaleur maternelle enveloppe tout, efface les galons et les grades pour ne voir que l’enfant revenue à la maison.

— Ma fille ! Ma fille, ma Colonelle ! Allah est grand !

Derrière elle, le reste de la famille sort, les oncles, les tantes, les cousins et même quelques voisins qui font mine de passer par là, les accolades, les félicitations et les Alhamdoulillah fusent de partout.

Dans le salon, la famille se disperse progressivement, il ne reste bientôt plus que Bilqis, son père et sa mère dans cette pièce familière aux photos encadrées sur les murs, Dramane en uniforme devant le palais présidentiel, Bilqis à sa sortie de l’académie militaire et Yacine bébé dans les bras de sa grand-mère. Adja Salma apporte le thé, s’assoit et regarde sa fille avec ces yeux de mère qui voient toujours plus loin que les apparences.

— Ya ngi diekh takh Bilqis ! Tu as maigri, dit-elle d’emblée.

— Je mange bien maman !

— Tu manges seule, ce n’est pas pareil !

Bilqis boit son thé tandis que son père feuillette un journal sans vraiment le lire.

— Bilqis, reprend sa mère.

— Maman…

— Non écoute-moi ! Tout ça c’est bien, la nomination, les galons, le véhicule officiel, le garde devant la porte... tout ça c’est très bien mais une femme peut avoir toutes les distinctions du monde...

Bilqis ferme les yeux une fraction de seconde. Elle sait ce qui va suivre.

— ...sans mari, elle ne vaut absolument rien !

La phrase tombe dans le salon comme une pierre dans une eau calme, directe et sans détour. C’est cette façon africaine de dire les choses difficiles non pas avec cruauté mais avec la conviction absolue d’une mère qui croit ce qu’elle dit parce que c’est ce qu’on lui a appris et ce qu’elle a vu se confirmer toute sa vie.

— Maman...

— Non ! insiste Adja Salma. Tu as quarante-cinq ans, ma fille, quarante-cinq ans et tu dors seule dans cette grande villa avec tes gardes et tes galons. La nuit, quand tu rentres de tes réunions, qui est là pour toi ? Tes galons ? Ton véhicule officiel ? Trouve-toi un mari ! Quelqu’un qui va te consoler la nuit, qui sera là quand tu enlèveras l’uniforme !

Dramane Seydi pose son journal, il lève les yeux vers sa femme puis vers sa fille.

— Salma, dit-il simplement.

— Quoi Salma ? Je dis la vérité !

— Tu dis ce que tu penses, ce n’est pas toujours la même chose !

— Dramane, ne commence pas ! Cette enfant a quarante-cinq ans, elle est seule, Yacine est à Paris...

— Bilqis, coupe son père en se tournant vers sa fille. Tu as tout ce que tu mérites d’avoir et le reste viendra quand Allah le décidera. Moi, je ne veux qu’une seule chose pour toi !

— Quoi papa ?

— Ne plus jamais te retrouver seule avec un homme qui lève la main sur toi !

Adja Salma rouspète, c’est ce bruit typique des femmes qui ne sont pas d’accord et qui le font savoir sans utiliser de mots précis.

— Tu l’as trop gâtée, dit-elle enfin. C’est pour ça qu’elle n’arrive pas à garder un homme, une femme doit savoir plier parfois !

— Une femme doit savoir se relever surtout, réplique Dramane.

— Dramane yaw tamit, li deugeu la ? Tu penses que cette situation est normale !

— Salma laisse ma fille tranquille !

Bilqis regarde ces deux-là, quarante-six ans de mariage et ils se disputent avec l’affection profonde de gens qui se connaissent si bien qu’ils peuvent se contredire sans jamais se blesser. Il y a quelque chose de beau et de douloureux à la fois dans cette scène.

— Je ne cherche pas un mari maman, dit-elle doucement. Je cherche la paix !

— La paix, ça se trouve à deux, affirme Adja Salma.

— Parfois, ça se trouve seule d’abord, répond Bilqis.

Sa mère la regarde, dans ses yeux, derrière la conviction et toutes ces certitudes héritées, passe un éclair qui ressemble à de la compréhension, elle pose sa main sur celle de sa fille.

— In Shaa Allah, tout viendra, dit-elle.

Bilqis repart une heure plus tard mais avant de rentrer à Fann, elle fait un détour, elle le fait chaque fois qu’elle passe à Guédiawaye, c’est une adresse qu’elle connaît par cœur depuis l’enfance, la maison de Rokhaya Niang

Rokhaya ouvre la porte avant même qu’elle ne sonne, elle a repéré le véhicule officiel depuis sa fenêtre et elle est déjà là, en pagne de maison, les cheveux défaits, une louche encore à la main.

— Mais c’est le Colonel en personne ! s’exclame-t-elle avec ce sourire immense qui n’a pas changé depuis qu’elles avaient douze ans dans la cour de l’école.

— Rokhaya !

— Entre, entre ! Les enfants, tata Bilqis est là !

La maison de Rokhaya est tout ce que la villa de fonction n’est pas bruyante, colorée, vivante avec des jouets qui traînent sur le sol, une odeur de cuisine qui envahit tout et trois enfants qui surgissent de partout en criant. Bilqis pénètre dans ce chaos, c’est ici et seulement ici, qu’elle s’autorise à relâcher la pression.

Elle s’assoit sur le canapé, le plus jeune fils de Rokhaya, quatre ans et des joues bien rondes, grimpe immédiatement sur ses genoux sans demander la permission, elle le laisse faire.

— Tu as vu les nouvelles ? demande Rokhaya en disparaissant dans la cuisine.

— Lesquelles ?

— TES nouvelles ! Deux millions de vues sur TikTok ! Ma meilleure amie est une icône sur Internet et elle ne m’appelle même pas !

— Je t’ai envoyé un message !

— Un message ! Un message de deux mots « Merci Rokhaya. » Deux mots ! Bilqis on se connaît depuis l’âge de dix ans !

Bilqis sourit, elle le réserve à sa fille et à cette femme en face d’elle, la seule personne au monde à lui parler ainsi, sans protocole, sans grade et sans distance. Rokhaya revient avec deux tasses de café et s’assoit en face d’elle, elle la dévisage avec ces yeux de femme qui connaît chaque nuance de son visage depuis trente-cinq ans.

— Ta mère t’a parlé de mariage, ce n’est pas une question !

— Ma mère t’a appelée...

— Dou xam nga ka ? Oui, elle m’a appelée, elle me demande de te mettre la pression pour que tu te trouves un homme ! confirme Rokhaya. Elle m’a dit, « Dis à Bilqis de trouver un mari, elle t’écoute plus qu’elle ne m’écoute. »

Bilqis éclate de rire, un rire franc qu’elle ne s’autorise qu’ici.

— Elle a tort, dit-elle. Je ne t’écoute pas non plus !

— C’est vrai, s’amuse Rokhaya. Mais au moins avec moi, tu ris ! Bilqis, sérieusement, dis-moi comment tu vas vraiment ?

Rokhaya est la seule à qui ce genre de silence est permis, un silence qui exige une vraie réponse.

— Je vais bien, dit Bilqis.

— Bilqis...

— Je vais bien Rokhaya, vraiment ! Je suis fatiguée parfois mais je suis bien et en paix !

— Tu es seule !

— Je suis seule oui et ce n’est absolument pas un délit !

— Et ça ne te pèse pas ?

Bilqis regarde le petit garçon sur ses genoux, qui s’est endormi avec cette facilité propre aux enfants qui font confiance au monde entier, elle pose une main sur ses cheveux crépus et doux.

— Parfois, avoue-t-elle honnêtement. La nuit surtout mais la solitude que j’ai maintenant est la mienne, elle m’appartient, ce n’est pas la même chose que la solitude qu’on ressent quand on est avec quelqu’un qui n’aurait pas dû être là !

Rokhaya la regarde longuement, elle sait de quoi elle parle, elle a tout vu, Bilqis ne donne jamais les détails mais elle a vu les yeux de son amie pendant ces années-là, des yeux qui portaient quelque chose de lourd et d’obscur que le temps et la distance ont progressivement allégé.

— Moussa, dit-elle doucement.

— Moussa, confirme Bilqis. C’est derrière moi !

— Complètement ?

— Complètement ! Il n’existe plus pour moi.

— Et tu n’as jamais eu envie de...

— Non, coupe Bilqis simplement. Je n’ai jamais voulu recommencer et ce n’est pas par peur mais par choix, il fallait d’abord que je me retrouve moi-même, que je sache qui j’étais en dehors de ce mariage, en dehors de tout ce qu’il a essayé de faire de moi ! Rokhaya seuy dou pour nieup ! Le mariage n’est pas fait pour tout le monde !

— Et maintenant, tu le sais ?

— Maintenant je le sais, dit-elle. Je suis Khadijatou Bilqis Seydi, colonel de la gendarmerie, fille de Dramane, mère de Yacine et cela suffit !

— Pour l’instant, glisse Rokhaya avec ce sourire doux de ceux qui croient qu’il reste encore de beaux chapitres à écrire.

— Pour l’instant, répète Bilqis sans contredire.

Le soir, elle appelle Yacine, sa fille décroche à la première sonnerie, elle attendait cet appel, Bilqis le sait.

— Maman ! Tu es allée chez Mamy ?

— Oui !

— Je parie qu’elle t’a encore parlé de mariage ?

— Comment tu le sais ?

— Maman, c’est Mamy, elle me parle de ton mariage à moi aussi, elle dit que je dois te trouver un beau-père avant d’avoir trente ans !

Bilqis rit doucement.

— Et toi, comment tu vas vraiment ?

— Bien maman ! L’examen s’est bien passé je pense et toi, ta première vraie journée en tant que colonel à la tête du Groupement ?

— Chargée !

— Tu as dû recadrer quelqu’un je parie !

— Comment tu sais ça toi aussi ?

— Parce que tu es toi, dit Yacine simplement. Et parce que dans ce milieu, il y a toujours quelqu’un pour tester la nouvelle venue ! Qu’est-ce qui s’est passé ?

Bilqis lui raconte sobrement, sans dramatiser, le Lieutenant Cissé, la phrase surprise dans le couloir, le rapport de vingt pages, Yacine éclate de rire à l’autre bout du fil.

— Vingt pages ! Non maman yako meune nak ! Tu es terrible !

— Je suis juste, rectifie Bilqis.

— C’est la même chose avec toi !

Elles restent en ligne longtemps, bien plus longtemps que lors de leurs conversations habituelles, d’ordinaire courtes et efficaces. Ce soir, quelque chose est différent peut-être est-ce à cause de la journée, de la visite chez ses parents ou de cette discussion sur Moussa avec Rokhaya qui a remué de vieux souvenirs.

— Maman, dit Yacine après un long silence.

— Quoi ma fille ?

— Tu mérites d’être heureuse pas juste accomplie ! Heureuse !

Bilqis contemple la nuit par la fenêtre de sa chambre, Dakar est illuminée, l’océan reste invisible mais sa présence se devine derrière les immeubles.

— J’y travaille, dit-elle.

— In Shaa Allah, répond Yacine.

La nuit avance et la villa redevient silencieuse, Bilqis est allongée dans son grand lit, ce lit qui occupe tout l’espace et qu’elle n’occupe qu’à moitié depuis des années. Elle garde les yeux ouverts dans l’obscurité, les mots de Rokhaya lui reviennent… il reste des chapitres à écrire.

Elle pense à Moussa, non pas avec douleur, la blessure est ancienne et cicatrisée, elle y pense comme à une leçon apprise, une leçon désagréable mais nécessaire. Elle revoit ces années où elle rentrait tard de mission pour trouver de la colère à la place de l’accueil, ces nuits où elle comprenait que dans cet appartement, face à cet homme, elle était moins en sécurité que sur le terrain. Ces matins où elle se levait, enfilait son uniforme et partait au commandement en dissimulant ses coupures sous ses galons.

Elle avait choisi de partir, elle ne voulait plus subir, elle n’en pouvait plus avec Moussa, rien n’avait été facile jusqu’à la fin. La bataille féroce pour la garde de sa fille, puis l’épreuve de l’autorisation parentale pour permettre à Yacine de voyager. Les mois passés devant le juge, les regards lourds de ceux qui pensent qu’une femme qui quitte son mariage manque de patience ou de caractère...

Elle était partie quand même et elle ne le regrette pas, elle est partie avec la certitude qu’une femme vaut par elle-même non par l’homme à ses côtés, que le respect ne se négocie pas et que certaines portes, une fois fermées doivent le rester. Elle ferme les yeux, demain, il y a la visite présidentielle à la caserne Samba Dierry Diallo.

Le soleil de Dakar tape déjà fort sur les toits quand le cortège présidentiel arrive, véhicules officiels, motards et gardes du corps. Bilqis est sur les lieux depuis sept heures du matin, elle est toujours là avant les autres et accueille le chef de l’État à sa descente de voiture.

— Monsieur le Président !

— Colonel Seydi, dit-il avec ce sourire discret.

Pourtant, la portière arrière du deuxième véhicule s’ouvre à son tour, Madame Aïssatou Dieng en descend, très élégante dans un tailleur rose poudré, ses yeux se posent immédiatement sur Bilqis, elle la détaille de la tête aux pieds sans lui adresser le moindre salut.

La visite commence, Bilqis guide le Président à travers les installations, les salles d’entraînement, l’armurerie et le poste de commandement. Elle explique, répond aux questions et anticipe les suivantes, elle sen avec cette intuition qui ne la trompe jamais que le regard du Président revient vers elle un peu trop souvent, elle l’ignore comme toujours. En revanche, elle n’ignore pas l’épouse du Président.

À un moment donné, alors que le Président s’entretient à part avec le commandant de la caserne, les deux femmes se retrouvent côte à côte dans le couloir principal. Madame Dieng se tourne vers Bilqis et esquisse un sourire, c’est ce genre de sourire qui s’arrête aux lèvres et ne monte jamais jusqu’aux yeux.

— Vous êtes vraiment impressionnante Colonelle, dit-elle. Cette façon que vous avez d’occuper l’espace... on comprend pourquoi les hommes ont du mal à regarder ailleurs quand vous êtes dans une pièce !

Elle marque une pause calculée, distillant son venin pour transformer le compliment en attaque déguisée.

— Mon mari répète que vous êtes la meilleure nomination de son quinquennat. Il le dit souvent d’ailleurs, très souvent et avec beaucoup... d’enthousiasme !

Bilqis la regarde en face, elle garde son calme, son regard ne fuit pas, elle se ne se justifie pas et ne cherche pas à apaiser une tempête qu’elle n’a pas déclenchée. Le silence s’étire pendant plusieurs secondes, elle a parfaitement compris le sous-entendu.

Madame Dieng soutient ce regard puis quelque chose dans son assurance se fissure légèrement, c’est le recul imperceptible de quelqu’un qui vient de comprendre qu’elle a tenté d’ébranler un bloc de fer et que cela ne marchera pas. Le Président revient vers elles, coupant court à la tension.

— Mesdames, on continue ?

— Bien sûr, M. le Président, répond Bilqis d’une voix parfaitement neutre.

Elle reprend sa marche d’un pas ferme et comme si cette conversation n’avait jamais eu lieu, derrière elle, Madame Dieng la regarde s’éloigner. Dans ses yeux, derrière la colère et la méfiance, pointe une émotion qu’elle ne voulait surtout pas ressentir, du respect malgré elle.

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